Après le Kbis

Comprendre les options fiscales IS ou IR pour optimiser sa SASU freelance

Deux cases sur le formulaire de création. Une seule à cocher. Et pourtant, ce choix entre l'impôt sur les sociétés et l'impôt sur le revenu pour une SASU passe, chez la plupart des freelances qui montent leur boîte, pour un détail, une ligne qu'on coche presque par réflexe entre deux autres champs du dossier. C'est faux, et c'est exactement le genre d'erreur silencieuse qui pèse sur la gestion d'entreprise pendant des années sans qu'on s'en rende vraiment compte. La fiscalité de la SASU n'est pas qu'une formalité administrative : c'est un levier qui décide, très concrètement, de ce qu'il vous reste une fois vos impôts de freelance payés.

Avant la SASU, j'étais en micro-entreprise, un régime que j'ai fini par quitter, et dont j'ai raconté les raisons ailleurs plus en détail. Ce qui m'a surpris en changeant de statut, c'est que personne ne prévient vraiment que le duel IS/IR mérite plus qu'un simple coup d'œil. J'ai d'ailleurs détaillé la mécanique complète de ce choix ailleurs sur ce site ; ici, je veux surtout parler de la décision elle-même, celle qu'on prend une fois, au greffe, sans trop y réfléchir.

SASU : IS ou IR, ce n'est pas une formalité

Simon, un copain rouennais qui a aussi laissé tomber le salariat, m'a posé la question qui résume tout, le jour où je lui ai raconté mon histoire de case à cocher : est-ce que ça change quelque chose pour ma retraite ? Sa réaction typique, quelle que soit la décision sur la table. Et pour une fois, il n'avait pas tort de creuser : le choix IS ou IR ne se limite pas à l'année en cours, il façonne comment vous sortez de l'argent de votre société pendant toute la durée de vie de la SASU — que ce soit pour investir, pour épargner, ou pour préparer autre chose. Traiter ça comme une case anodine du formulaire du guichet unique, c'est l'erreur numéro un que je vois revenir chez les freelances qui débutent.

Ce que fait vraiment l'IS, sans le jargon

À l'IS, la mécanique est simple à raconter, moins simple à sentir dans son compte en banque : votre société encaisse, elle règle son propre impôt sur ce qu'elle a gagné, et ce qui reste lui appartient — pas à vous. Pour récupérer cet argent, il faut vous verser un salaire ou des dividendes, et l'un comme l'autre repassent ensuite à la caisse côté impôt personnel. Deux passages au guichet, en somme, avant que l'argent arrive vraiment dans votre poche. Ça ressemble un peu à une recette qui demande deux cuissons séparées quand une seule aurait suffi — rien d'illégal ni de scandaleux, juste un détour que peu de gens anticipent avant de cocher la case.

Simulateur de fiscalité SASU comparant impôt sur les sociétés et impôt sur le revenu pour un freelance

Ce détour-là a un nom que les comptables adorent citer : la double imposition. Sans entrer dans le taux exact ni dans le seuil qui s'applique (j'ai laissé ce calcul précis à un autre article, plus technique), retenez surtout ceci : chaque euro que vous voulez faire sortir de la société pour un usage personnel — acheter votre résidence, investir en nom propre, simplement respirer un peu — passe par ce double filtre. Pour la façon dont vous vous versez concrètement ce salaire, et le régime social qui va avec, j'ai aussi écrit un article à part, parce que le sujet mérite plus qu'un paragraphe glissé ici.

Au moment de déposer mon dossier, j'avais aussi épluché quelques ressources pour ne pas me planter sur la partie administrative — la France a un vrai talent pour vous faire remplir un formulaire qui vérifie que vous avez bien rempli le formulaire d'avant. J'étais tombé sur cet article sur les erreurs de débutant à éviter lors de l'immatriculation d'une SASU, qui m'avait évité pas mal de bêtises sur la rédaction des statuts et le capital social à fixer au départ. Les frais d'immatriculation, eux, restent un budget à part entière — j'en parle ailleurs plus en détail, mais ce n'est jamais la ligne la plus chère du projet, loin de là. La fiscalité, en revanche, restait mon vrai point noir.

L'IR pour une SASU

L'IR pour une SASU, c'est un mode « transparence » : la société ne paie pas d'impôt de son côté, le bénéfice tombe directement dans votre déclaration personnelle, comme si vous étiez en nom propre mais avec la protection juridique de la SASU en plus. Ça évite le double passage décrit plus haut — un seul impôt, une seule fois. Cette option n'est pas permanente, elle est limitée dans le temps, ce qui explique pourquoi peu de freelances y pensent sérieusement avant de cocher IS par défaut.

Le revers de la médaille : en SASU à l'IR, vous ne pouvez pas déduire votre propre rémunération du bénéfice imposable. Tout le résultat de la société devient votre revenu, que vous l'ayez sorti du compte pro ou non — un calcul qu'il vaut mieux faire au tableur avant de s'engager, pas après. C'est aussi pour ça que le profil compte énormément : peu de charges, un foyer fiscal qui a de la marge, et l'IR devient soudain beaucoup plus intéressant qu'on ne le croit au premier abord.

Ma première réaction, avant de comprendre tout ça, a été d'acheter un manuel de droit des sociétés, en me disant que j'allais éplucher la théorie moi-même comme un bon élève. Mauvaise idée : c'était écrit pour des juristes, pas pour un développeur qui code des API toute la journée, et je me suis retrouvé à la Bibliothèque Villon un après-midi entier à relire le même paragraphe sans en tirer grand-chose d'utilisable pour ma situation. Le livre est reparti sur l'étagère. Ce qui a fini par débloquer les choses, c'est une conversation, pas une lecture.

Le vrai critère : où voulez-vous que l'argent aille ?

Le déclic est venu d'un coup de fil avec un expert-comptable, alors que je m'attendais surtout à une liste de corrections. Il m'a confirmé que le dossier tenait debout, complet, rien à redire. J'ai raccroché le combiné, je suis resté quelques secondes à regarder par la fenêtre du bureau, et j'ai compris que la vraie question n'était jamais « IS ou IR dans l'absolu », mais plutôt : qu'est-ce que je veux faire de cet argent dans les deux ou trois prochaines années ?

Si votre objectif est de sortir un maximum de cash rapidement — pour un apport immobilier, un investissement personnel, ou simplement souffler après des années de micro-entreprise à surveiller votre activité de près — l'IR mérite un vrai calcul avant d'être écarté d'office. Si à l'inverse vous comptez laisser l'argent dans la société pour acheter du matériel, recruter, ou construire une trésorerie que vous récupérerez bien plus tard, l'IS garde tout son sens. Ce n'est pas une question de meilleure option dans l'absolu, c'est une question de calendrier personnel — et c'est justement ce que les articles génériques sur le sujet oublient de dire.

Loane, une illustratrice en Bretagne qui m'avait écrit après avoir lu mon comparatif entre SAS et SASU, m'a posé la question sous un autre angle : et si on a très peu de charges et pas vraiment de projet d'achat immobilier dans l'immédiat ? Sa situation n'est pas la mienne, et je ne suis pas fiscaliste — mais ça illustre bien que le duel IS/IR se pose différemment selon qu'on est seul aux commandes d'une SASU ou en train d'imaginer une SAS à plusieurs, avec un pacte d'associés à négocier en plus des statuts. Et si vous touchez encore l'allocation chômage, la question se pose autrement aussi — c'est un chapitre à part entière que j'ai traité ailleurs.

Suivi des impôts freelance et gestion d'entreprise d'une SASU depuis un bureau à domicile

Comment trancher sans se planter

Mon bureau donne sur la rue, stores vénitiens à moitié baissés le matin, et à gauche du clavier traîne toujours la même pile — statuts, Kbis, récépissé de dépôt — que je n'ai jamais rangée ailleurs. Le jour où mes statuts sont sortis de l'imprimante laser, l'odeur tiède du papier flottait encore au-dessus du bureau en bois brut, et j'ai relu chaque clause avant de les glisser dans le dossier définitif. C'est dans ce genre de détail — pas dans un tableau de simulation flashy — que le choix IS/IR prend tout son sens : il faut le poser à plat, sur son propre bureau, avec ses propres chiffres, pas ceux d'un article générique.

Les plateformes de création en ligne proposent souvent des simulateurs qui dégrossissent bien le travail avant d'aller plus loin — j'ai d'ailleurs donné mon avis sur les plateformes de création de SASU en ligne si vous cherchez par où commencer. Et n'oubliez pas que la banque que vous choisissez joue aussi un rôle une fois la décision prise : entre les frais de tenue de compte et la facilité à justifier des revenus issus de l'IR auprès d'un courtier, bien choisir la meilleure banque pro pour sa SASU en freelance compte presque autant que le régime fiscal lui-même.

La SASU offre une vraie liberté de pilotage, mais seulement si on prend le temps de poser ses propres chiffres avant de cocher une case par habitude. La leçon que je retiens, au-delà de l'IS et de l'IR : ne laissez jamais un choix fiscal se décider tout seul, par défaut, pendant que vous avez la tête ailleurs sur le reste du dossier. Posez-vous la question du calendrier — dans deux ans, dans cinq ans, qu'est-ce que vous voulez avoir fait de cet argent — et seulement après, cochez la case qui correspond à votre vie, pas à celle du voisin freelance.

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