
Un euro d'un côté, cinq mille euros de l'autre : voilà les deux chiffres que n'importe quel moteur de recherche vous sert en premier dès que vous tapez « capital social SASU », et aucun des deux ne dit grand-chose d'utile à un freelance qui monte sa structure seul.
Entre ces deux extrêmes se joue toute la crédibilité de votre future société auprès des banques et des clients grands comptes, et c'est justement la case que j'ai réglée en dernier au moment de rédiger les statuts, pendant la création de ma SASU, après avoir hésité sur presque tout le reste. Pour un développeur ou un consultant qui facture en freelance, le bon réflexe tient en une phrase : viser un montant rond, assez solide pour ne pas inquiéter un service achats, sans immobiliser une réserve personnelle dont vous n'avez pas besoin.
Pourquoi le capital social devient un vrai sujet dès qu'on quitte la micro-entreprise
Tant qu'on reste sous le régime de la micro-entreprise, la question ne se pose jamais : pas de statuts, pas de capital, pas de compte à isoler. On déclare, on paie ses cotisations, et l'entreprise se confond avec soi. Passer en SASU change la donne dès la première page du formulaire : il faut injecter une somme d'argent personnelle, définitivement, pour que la société existe sur le plan juridique.
Le capital social, techniquement, c'est le patrimoine de départ de la société — ce que vous lui prêtez pour qu'elle naisse, en échange de vos actions de président associé unique. J'avais tranché pour la SASU plutôt que pour la SAS, vu que je travaillais seul ; le capital fonctionne pareil dans les deux cas. Je ne vais pas détailler toute la mécanique ici, d'autres pages du site s'en chargent mieux que moi, et ça ne concerne de toute façon que l'argent : apporter du matériel plutôt que du cash à la constitution, c'est une autre question, que je laisse de côté.

Un euro symbolique : la fausse bonne idée pour un freelance tech
Sur le papier, la loi autorise à créer une société par actions avec un euro de capital, pas plus qu'une pièce au fond d'une poche. Zéro trésorerie immobilisée, zéro effort : de quoi donner tout de suite envie de cocher cette case et de passer à autre chose.
J'ai testé la tentation avant de la laisser tomber. Pour comprendre le sujet à fond avant de taper un chiffre, j'avais acheté un manuel de droit des sociétés, en me disant qu'un développeur sérieux devait maîtriser ça comme il maîtrise son code. Mauvaise pioche : le bouquin partait du principe que je savais déjà ce qu'était une clause d'agrément ou une action de préférence, et je relisais la même page sans avancer d'une ligne. Je l'ai refermé et je suis allé chercher des réponses plus terre-à-terre, écrites par des gens qui avaient vraiment rempli le formulaire.
Le problème du capital à un euro n'est pas dans la loi, il est sur vos factures. Ce chiffre figure sur votre Kbis, vos mentions légales, et le bas de chaque devis. Un client grand compte qui reçoit un devis de plusieurs milliers d'euros avec, tout en bas, un capital d'un euro, y voit une coquille montée la veille, pas un prestataire fiable sur la durée. Ce n'est pas une question d'orgueil, c'est une question de perception du risque côté achats.

Viser un montant plus important : plusieurs milliers d'euros
Loane, une illustratrice qui m'écrit régulièrement depuis l'article comparant la SAS et la SASU, m'a posé la question à l'envers un jour : pourquoi ne pas mettre large tout de suite, pour ne plus jamais y repenser ? L'idée revient souvent chez des créateurs qui poussent des montants à quatre chiffres bien remplis, pour « faire sérieux ».
Le souci, c'est que cet argent quitte votre compte perso pour de vrai, et qu'il faudra ensuite passer par un salaire ou des dividendes pour le récupérer un jour, avec la fiscalité qui va derrière. Pour une activité de conseil ou de développement en solo, bloquer une grosse réserve juste pour l'image, c'est un peu comme acheter un marteau-piqueur pour planter un clou : ça marche, mais ça coûte largement plus que le service rendu.
Il existe aussi une subtilité sur la part du capital à verser tout de suite plutôt que plus tard, et je préfère ne pas m'y aventurer ici : c'est un sujet technique à part entière, qui mérite d'être traité sérieusement plutôt qu'en deux lignes au milieu d'un article sur le montant à choisir. Pendant que je tournais tout ça dans ma tête, je posais en parallèle les bases administratives du projet en cherchant à choisir l'objet social pour sa SASU de développement informatique en solo, histoire de ne pas me retrouver bridé plus tard dans mes missions.

Le montant qui revient le plus souvent chez les freelances solo
Un soir où j'avais besoin de prendre l'air plutôt que de fixer l'écran, j'ai fini la réflexion en marchant jusqu'à la Côte Sainte-Catherine. En rentrant, j'ai tapé mille euros dans la case, et je n'ai plus changé d'avis depuis.
Mille euros, c'est un montant rond qui montre que l'associé unique a engagé de vrais fonds sans jouer à la multinationale. Sur un devis de plusieurs milliers d'euros, ce chiffre ne fait sourciller personne côté achats. Côté banque, les dossiers de dépôt de capital se traitent à la chaîne, et un montant courant comme celui-ci passe sans déclencher de demande de justificatifs supplémentaires sur l'origine des fonds, contrairement à des sommes trop rondes ou trop excentriques. Et dès que le greffe délivre l'immatriculation, cette somme atterrit sur le compte professionnel et sert tout de suite à régler les premiers abonnements, le nom de domaine et les petits frais de lancement, sans mettre le compte à découvert dès le premier mois.
Une précision avant d'avancer : je ne suis ni juriste, ni comptable, ni conseiller financier, seulement un développeur qui a rempli ce formulaire pour sa propre structure. Ce qui a marché pour une activité de prestation intellectuelle solo ne remplace pas un avis adapté à votre cas, surtout si votre projet implique du matériel lourd ou une embauche rapide.
Ce que les banques et les clients vérifient vraiment
Oui, et plus tôt qu'on ne le pense. La première facture que j'ai émise au nom de la SASU, avec le capital social imprimé en petit en bas de page, je l'ai imprimée et laissée posée sur mon bureau pendant une semaine, un peu comme pour vérifier que les chiffres ne bougeaient pas tout seuls pendant la nuit.
La preuve est venue plus tard, avec une mission plus grosse pour une structure bien installée : leur service de référencement fournisseur m'a demandé mon Kbis et mes coordonnées bancaires. En voyant la ligne « Capital social : 1 000 EUR », le dossier est passé sans la moindre question. Simon, un ancien collègue d'agence web devenu freelance à peu près à la même période que moi, panique dès qu'une lettre recommandée de l'administration atterrit dans sa boîte ; quand je lui ai raconté cette histoire de capital bloqué chez la banque en attendant le greffe, il a eu exactement la même tête que devant un avis fiscal.
Si vous en êtes au stade des formalités, vous savez déjà que le capital n'est qu'une case parmi d'autres, entre les statuts, les annonces légales et le guichet unique, et que les étapes s'accumulent vite. Certains passent par une plateforme en ligne tout-en-un pour gagner du temps, d'autres préfèrent déléguer la partie administrative plutôt que de perdre leurs journées dans les méandres du greffe. À l'époque, j'avais justement regardé quel service pour déléguer l'immatriculation de sa SASU sans se ruiner, pour garder mon temps pour mes lignes de code plutôt que pour la paperasse.
Choisir son capital social n'est pas un concours de bravoure financière, et ce n'est pas non plus un sujet à bâcler en tapant le premier chiffre venu. La règle que j'applique, et que je donnerais à n'importe quel freelance en train d'hésiter devant le même champ vide : partez d'un montant rond, dans une fourchette qui reste confortable pour votre trésorerie perso, assez haute pour ne pas ressembler à une coquille vide, et laissez le reste, statuts, objet social, banque, avancer sans se bloquer sur cette seule ligne.
Ce site est publié à des fins d'information et de divertissement uniquement. Je ne suis ni médecin, ni conseiller financier, ni avocat. Demandez l'avis d'un professionnel avant de prendre toute décision relative à votre santé ou à vos finances.