Après le Kbis

Comparatif SAS vs SASU

Le matin où le Kbis est atterri dans ma boîte mail, j'étais encore en train de me demander si j'avais coché la bonne case trois semaines plus tôt. SAS ou SASU : j'ai tourné autour du sujet un bon mois, persuadé qu'il y avait un piège caché quelque part que personne ne voulait m'expliquer clairement. Il n'y en a pas vraiment. La SASU, c'est une SAS où tu es seul autour de la table de décision — et le jour où quelqu'un d'autre entre au capital, tu bascules en SAS de fait, sans même changer de nom sur la porte. J'avais aussi regardé du côté de l'EURL, un ancien collègue jurait que c'était plus simple à tenir tout seul. J'ai laissé tomber cette piste quand j'ai compris que je voulais pouvoir faire entrer un associé plus tard sans tout redémarrer à zéro. Le tableau qui suit, c'est celui que j'aurais aimé avoir sous les yeux à l'époque, plutôt que de le reconstituer à coups d'onglets ouverts à minuit.

Comparaison structurelle et juridique

Sur le papier, SAS et SASU se ressemblent comme deux meubles en kit avec juste une vis en plus ou en moins — la vraie différence, c'est qui est assis à la table. Colonne par colonne :

Caractéristique SAS (Société par Actions Simplifiée) SASU (SAS Unipersonnelle)
Nombre d'associés Minimum 2, pas de maximum. 1 seul associé unique.
Capital social minimum 1 € minimum. Au moins la moitié des apports en numéraire doit être libérée à la création, le solde dans les 5 ans (Source). 1 € minimum. Même règle : au moins la moitié des apports en numéraire libérée à la création, solde sous 5 ans (Source).
Rédaction des statuts Grande liberté contractuelle ; nécessite souvent un conseil juridique pour organiser les relations entre associés. Simplifiée ; les clauses relatives aux conflits entre associés sont sans objet.
Organe de direction Un Président obligatoire (personne physique ou morale). Possibilité de créer un Conseil d'administration ou un Comité de direction. Un Président obligatoire (l'associé unique ou un tiers). Les organes collégiaux sont rares mais possibles.
Prise de décision Décisions collectives définies par les statuts (Assemblées Générales). Décisions unilatérales de l'associé unique répertoriées dans un registre des décisions.
Cession d'actions Libre par défaut, mais souvent encadrée par des clauses d'agrément ou de préemption. Droits d'enregistrement de 0,1 % (Source). Libre, mais entraîne la transformation de fait en SAS si les actions sont cédées à un tiers.
Apports en industrie Autorisés, permettant de recevoir des actions en échange de connaissances ou services. Autorisés, bien que moins fréquents en structure unipersonnelle.
Commissaire aux comptes (CAC) Obligatoire si deux des trois seuils sont dépassés : total bilan > 5 M€, CA HT > 10 M€, effectif > 50 salariés (Source). Mêmes seuils légaux que la SAS depuis la loi PACTE.
Rapport de gestion Obligatoire annuellement, sauf pour les « petites entreprises » sous certains seuils. Dispensé si l'associé unique assure seul la présidence (Source) et si la SASU ne dépasse pas les seuils de la « petite entreprise » : 7 500 000 € de bilan, 15 000 000 € de CA, 50 salariés (Source).
Approbation des comptes Dépôt au greffe dans le mois suivant l'assemblée générale annuelle. Le dépôt des comptes annuels dûment signés vaut approbation des comptes.

Régime social et fiscalité

C'est le sujet qui m'a le plus fait tourner en rond — surtout la partie où je ne me suis rien versé pendant plusieurs mois pour garder un peu de trésorerie devant moi, sans vraiment mesurer ce que ça voulait dire pour ma couverture. J'y reviens plus bas. En attendant, les grandes lignes :

Régime social du dirigeant
Le Président (qu'il soit associé ou non) est assimilé-salarié uniquement lorsqu'il est rémunéré au titre de son mandat social ; il est alors affilié au régime général de la Sécurité sociale (Source). Sans rémunération, il n'y a pas de cotisation calculée puisqu'il n'y a pas de salaire à charger — mais il n'y a pas non plus de couverture qui se construit pendant cette période.
Taux de cotisations sociales
En moyenne, les charges sociales (patronales et salariales cumulées) représentent environ 82 % de la rémunération nette versée au dirigeant : 54 % de charges patronales et 28 % de charges salariales (Source).
Imposition des bénéfices (par défaut)
Impôt sur les Sociétés (IS). Le taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s'applique sur la tranche inférieure à 42 500 € de bénéfices, sous conditions de CA HT ≤ 10 M€ et de capital entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques (Source).
Option pour l'Impôt sur le Revenu (IR)
Possible pour les deux structures pendant 5 exercices maximum (non renouvelable), sous réserve que la société ait moins de 5 ans, moins de 50 salariés, un CA ou total bilan inférieur à 10 M€, et que les droits de vote soient détenus à au moins 50 % par des personnes physiques — dont 34 % par les dirigeants et les membres de leur foyer fiscal (Source).
Dividendes
Soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), passé à 31,4 % au 1er janvier 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), ou, sur option, au barème progressif de l'IR (Source).

Formalités et coûts de constitution

Personne ne m'avait prévenu qu'il fallait aussi payer pour déclarer qui possède réellement la société — le fameux bénéficiaire effectif. Ce n'est pas la ligne la plus salée de la liste, mais elle arrive toujours après que tu penses avoir fini de sortir la carte bleue, un peu comme la vis qui manque à la fin du montage du meuble. Version chiffrée :

Poste de dépense Coût estimé (2026) Observations
Annonce légale (SHAL) SASU : 142 € HT / SAS : 199 € HT Tarifs forfaitaires 2026 pour la France métropolitaine, variables selon la forme sociale (Source).
Immatriculation au Greffe 33,83 € TTC Frais de greffe 2026, revus à la baisse par l'arrêté du 26 février 2026 (Source).
Déclaration des bénéficiaires effectifs (RBE) 19,33 € TTC Obligatoire lors de la création (Source).
Rédaction des statuts 0 € en solo à plusieurs milliers d'euros Variable selon un modèle en ligne, une plateforme juridique ou un avocat/notaire/expert-comptable (Source).

Deux ou trois choses avant que tu ne fermes cet onglet. D'abord : je ne suis ni comptable ni avocat, juste quelqu'un qui a rempli ces cases pour de vrai et qui note ce qu'il en a retenu en cours de route — les informations ci-dessus reposent sur mon expérience et sur ce que j'ai vérifié, pas sur un conseil professionnel. Ensuite, le vrai piège que j'ai vu passer plusieurs fois autour de moi : rester des mois sans se verser un centime pour économiser sur les charges, sauf que sans rémunération il n'y a pas de cotisation — donc pas de vraie couverture maladie, et pas de trimestres de retraite qui s'accumulent pendant ce temps-là. Ça peut se justifier ponctuellement, mais mieux vaut que ce soit un choix conscient plutôt qu'un oubli. Pour tout ce qui engage vraiment — statuts, régime fiscal, montage du capital — vas voir un expert-comptable, un avocat, ou passe par le guichet unique officiel : ce tableau te donne de quoi préparer les bonnes questions, pas de quoi t'en passer. Et vérifie toujours les montants en vigueur, ils bougent chaque année.

Last verified: 2026-07-25

Sources

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