Après le Kbis

Comment j'ai choisi ma mutuelle santé en tant que président de SASU

Cinquante pour cent. C'est la part minimum que ma société est obligée de payer pour ma propre mutuelle santé — même si je suis, à ce jour, le seul et unique salarié à bord. Ça m'a fait tiquer deux fois : d'abord parce que je ne savais même pas que la loi m'imposait quoi que ce soit sur ce terrain-là, ensuite parce que « ma société paie pour moi » voulait surtout dire que je payais pour moi-même, avec un détour de gestion administrative au milieu.

Sept semaines plus tôt, j'avais fermé l'onglet URSSAF micro-entrepreneur que je rafraîchissais presque par réflexe depuis des mois : le plafond était dépassé, définitivement, plus la peine de vérifier chaque trimestre. Passer en SASU réglait ce problème précis. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est que ce changement de statut me faisait aussi changer de monde côté protection sociale. Avant de me lancer, j'avais demandé conseil à un ami juriste — sauf qu'il n'avait jamais mis les pieds dans une création de société, et ses réponses tournaient en rond sans jamais atterrir. J'ai fini par éplucher les textes moi-même, et c'est là que j'ai découvert le mot qui allait occuper une bonne partie de mon hiver : assimilé-salarié.

Assimilé-salarié : le mot qui a tout changé

Techniquement, un président de SASU relève du régime général de la Sécurité sociale, comme n'importe quel salarié classique, même sans contrat de travail à proprement parler. Sur le papier, ça ressemble à une bonne nouvelle : meilleure protection, meilleurs remboursements que le régime des indépendants. Dans les faits, la contrepartie arrive vite. La société doit mettre en place une couverture santé collective pour ses salariés et prendre en charge au moins la moitié de la cotisation — le fameux cinquante pour cent du début. Peu importe qu'il n'y ait qu'une seule fiche de paie dans toute la boîte.

Personne de mon entourage n'avait fait cette démarche avant moi, alors j'ai comparé seul, un comparateur après l'autre, chacun avec sa propre grille de garanties et son propre jargon. La loi impose un panier de soins minimum, un socle de base. Mais quand on passe ses journées les yeux rivés sur un écran de 27 pouces à empiler des lignes de code, le minimum sur l'optique, ça devient vite juste.

Documents de comparaison de mutuelle santé et lunettes de vue, choix de protection sociale pour président de SASU

Que veut vraiment dire «200 % BRSS» ?

Concrètement, tout se base sur la Base de Remboursement de la Sécurité Sociale, la fameuse BRSS. C'est le tarif de référence : si la Sécu fixe une consultation à 25 euros, on est à 100% BRSS. Un contrat qui annonce 200% peut donc rembourser jusqu'à 50 euros — sauf qu'il reste toujours ce fameux euro de participation forfaitaire qu'aucun contrat dit « responsable » ne rembourse. Ça, personne ne me l'avait expliqué clairement avant que je tombe dessus dans les petites lignes d'un devis.

Il y a aussi le Plafond Mensuel de la Sécurité Sociale, le PMSS, qui tourne autour de 3925 euros pour 2026. Beaucoup de contrats expriment leurs plafonds de remboursement en pourcentage de ce chiffre — un forfait optique à 10% du PMSS, par exemple. Un soir, pendant que la pluie normande tapait contre la vitre avec cette régularité un peu hypnotique, j'ai comparé trois grilles de garanties côte à côte, et je me suis senti plus comptable que développeur, à jongler avec des pourcentages que je n'avais pas choisis moi-même.

Après des journées entières les yeux rivés sur un écran, l'optique n'était clairement pas un poste où je pouvais rogner. Pareil pour l'ostéopathie, qu'une chaise de bureau pas franchement pensée pour un dos de développeur rendait presque obligatoire. La plupart des offres standard pour petites structures étaient soit hors budget, soit trop justes sur ces deux points précisément.

Sur le moment, j'ai même envisagé de regarder du côté d'un pack de création SASU tout-en-un en freelance, en me disant qu'ils avaient peut-être déjà négocié des partenaires santé pour leurs clients. C'est souvent plus simple quand quelqu'un d'autre a déjà fait le tri à votre place.

Le fisc a rattrapé mon idée maligne

Mon raisonnement de départ semblait malin : prendre la mutuelle la plus complète possible via la SASU, puisque c'était une charge déductible pour la société. Sauf qu'en SASU, contrairement au statut de travailleur non salarié, la loi Madelin ne s'applique pas de la même façon. Pire, la part payée par l'entreprise est considérée comme un avantage en nature : elle s'ajoute à mon revenu imposable, celui-là même sur lequel je suis déjà taxé à l'impôt sur le revenu comme salarié, et non à l'impôt sur les sociétés. Une charge maligne pour la boîte pouvait donc devenir un cadeau empoisonné pour ma feuille d'imposition personnelle. Sur ce point précis, un chiffre confirmé par un comptable vaut toujours mieux qu'un calcul de coin de table fait par un développeur.

Si vous êtes encore en train de structurer votre boîte, ne vous arrêtez pas à la santé : j'ai aussi écrit un guide pour choisir son assurance RC Pro en SASU de développeur, parce que protéger son code et ses clients, ce n'est pas un luxe non plus.

Fallait-il vraiment une mutuelle SASU, ou celle de ma femme suffisait-elle ?

Ma femme est salariée dans une entreprise avec une mutuelle collective plutôt solide. En restant sur son contrat comme ayant droit, avec l'option conjoint, la facture totale du foyer revenait souvent moins cher que si je montais ma propre usine à gaz en SASU. C'est une réalité que peu d'assureurs affichent en gros sur leur site : parfois, la meilleure mutuelle pour un président de SASU, c'est celle du conjoint. J'ai fini par écarter cette option pour une histoire de séparation nette entre le pro et le perso — mais si votre situation le permet, posez-vous sérieusement la question avant de signer quoi que ce soit en votre nom propre.

Je suis sorti marcher du côté du Jardin des Plantes pour aérer la tête, avec trois grilles de garanties imprimées et déjà froissées dans la poche. J'ai croisé un voisin en train de s'occuper de son potager, aussi absorbé par ses rangs de légumes que moi par mes colonnes de pourcentages. Ça remet les choses en perspective : lui n'avait pas besoin de connaître la différence entre BRSS et PMSS pour passer une bonne fin d'après-midi.

Posez-vous ces questions avant de signer

Avant de signer quoi que ce soit, mieux vaut se poser trois ou quatre questions simples : votre conjoint a-t-il déjà une couverture à laquelle vous pourriez vous greffer, vos vrais besoins de santé correspondent-ils à ce que vous payez, et le contrat a-t-il des délais de carence qui vous laisseraient à découvert sur les premiers mois. Un contrat 100% en ligne, avec une télétransmission qui fonctionne du premier coup et un service client par chat plutôt que des enveloppes timbrées, m'a semblé plus adapté à mon quotidien qu'une offre soi-disant premium bourrée de garanties dont je n'avais pas l'usage — chambres d'hôpital de luxe et cures thermales comprises. Je ne suis ni médecin ni juriste, juste un développeur qui voulait éviter de payer quatre-vingts balles par mois pour des garanties inutiles.

Ce choix n'est qu'une pièce du puzzle plus large qui attend tout nouveau président de SASU : le régime social du dirigeant, la manière dont on structure sa rémunération, le choix même entre SAS et SASU au départ, le capital social à fixer, la rédaction des statuts, une éventuelle plateforme de création en ligne pour la paperasse, les frais d'immatriculation au guichet unique, le compte bancaire pro, la domiciliation du siège, et si vous montez le projet à plusieurs, le pacte d'associés. Chacun de ces sujets mérite son propre après-midi de recherche, et je ne prétends pas les avoir tous maîtrisés du premier coup.

Le contrat a été signé électroniquement un soir, sans grande cérémonie. Le moment vraiment concret est arrivé un peu plus tard, avec le bruit sec du tampon sur mon premier bulletin de salaire — ce petit rectangle d'encre qui marquait, noir sur blanc, la fin de la micro-entreprise et l'arrivée d'une ligne mutuelle sur ma propre fiche de paie. Gratifiant et un peu vertigineux à la fois.

Tampon sur un premier bulletin de salaire de président de SASU, ligne mutuelle santé assimilé-salarié

S'il fallait résumer ça en une phrase : ne choisissez jamais une mutuelle de SASU pour sa réputation de charge déductible — vérifiez d'abord ce qu'elle vous coûte vraiment une fois l'avantage en nature réintégré, et ce que votre entourage a peut-être déjà sous la main sans le savoir. La protection sociale, c'est un investissement sur votre outil de travail principal : vous-même.

Veuillez noter :
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