
Le dernier virement de l'ARE n'apparaîtra plus sur mon relevé de compte. Ligne fermée, rien à attendre le mois suivant. Pendant que Pôle Emploi complétait mes revenus, je laissais tourner ma SASU sans me poser la question de ma propre rémunération, je réinjectais tout, tranquille. Une fois ce filet retiré, la question a cessé d'être abstraite : comment gérer la rémunération du dirigeant, entre salaire de président et dividendes, quand plus rien ne vient compenser derrière ? Le dosage n'a rien d'un détail comptable, c'est une des décisions qui pèsent le plus sur la gestion d'une SASU au quotidien, post-ARE ou pas.
Faut-il se verser un salaire dès la fin de l'ARE ?
Techniquement, rien ne vous oblige à vous verser quoi que ce soit dès le premier mois. Le président de SASU est ce qu'on appelle un assimilé-salarié — un régime à part entière que j'explique en détail ailleurs, pas ici. Ce qui compte pour la décision du moment, c'est un seuil concret : en dessous d'un certain montant de rémunération soumise à cotisations sur l'année, les trimestres de retraite ne se valident pas, et la couverture santé de base peut se fragiliser.

Avant, en micro-entrepreneur, je n'avais même pas cette question à trancher — les cotisations tombaient en pourcentage fixe sur chaque facture, sans arbitrage possible. J'ai raconté ailleurs pourquoi j'ai quitté le statut micro-entrepreneur pour la SASU en freelance, et une bonne partie de la réponse tenait déjà à cette question de rémunération. En SASU, à l'inverse, c'est vous qui décidez du montant, donc vous qui portez la responsabilité de ne pas descendre sous ce seuil si vous tenez à garder vos droits intacts.
Ça me rappelle mes débuts, quand j'ai voulu rédiger mes statuts moi-même à partir d'un modèle téléchargé, sans vraiment comprendre ce que chaque clause engageait pour moi plus tard, capital social compris, ça n'a pas tenu la route, il a fallu tout reprendre à tête reposée, cette fois avec quelqu'un qui savait de quoi il parlait. La rémunération, c'est pareil : un chiffre fixé à la légère au début peut coincer un an ou deux plus tard, une fois que la structure a pris de la vitesse.
Le piège des dividendes qui semblent gratuits
Yasmine, une amie consultante SEO que je croise depuis quelques années en coworking, m'a envoyé un article là-dessus un soir, sans prévenir — elle fait souvent ça, un lien qui tombe à une heure improbable. Celui-là vantait le prélèvement forfaitaire unique comme la martingale de tout président de SASU. Sur le papier, ça se comprend : la société paie d'abord l'impôt sur les sociétés sur son bénéfice, puis vous prenez les dividendes qui restent, taxés une seule fois, à un taux forfaitaire. Comparé aux cotisations qui pèsent sur un salaire, l'écart donne le vertige au premier coup d'œil.
Sauf que ce calcul suppose déjà que votre société soit soumise à l'IS, un choix qu'on fait tôt dans la vie de la structure, distinct de l'IR, et qui mérite sa propre réflexion plutôt qu'une ligne ici. Et surtout, ce chant des sirènes oublie une chose : les dividendes ne sont pas de la rémunération d'activité. Ils ne cotisent nulle part.
Le tout-dividende laisse des trous dans la couverture sociale
Ne toucher que des dividendes, ça veut dire ne cotiser nulle part en tant que travailleur : pas de trimestre de retraite qui avance, pas d'indemnités si la maladie s'installe, rien côté chômage, remarquez, une fois l'ARE terminée, ce dernier point ne change plus grand-chose à votre situation immédiate, mais dans dix ou vingt ans, l'absence de trimestres, si.

Je me souviens du jour où un courrier fiscal est arrivé pour la première fois adressé à la société et non plus à moi — une seule feuille, imprimée sans fioritures, mais avec la raison sociale bien visible en haut. Ça a suffi à me faire comprendre que je n'étais plus un indépendant qui facture, mais quelqu'un qui doit désormais décider, chaque année, comment il se paie lui-même.
Il y a aussi un risque moins connu : quand les revenus tirés du capital dépassent largement ceux tirés d'une activité réelle, l'accès à la protection maladie de base au tarif habituel peut se compliquer. Ce n'est pas réservé aux gros patrimoines — ça peut arriver assez vite à un président qui ne se verse que des dividendes, deux exercices de suite.
Trouver son propre dosage salaire-dividendes
La question qui revient le plus souvent, chez les lecteurs comme chez les gens que je croise, c'est comment doser. Joris, un graphiste indépendant installé dans l'Orne qui m'avait écrit après un post LinkedIn sur ce sujet, avait passé plusieurs mois en micro-entrepreneur avant de basculer, et il se demandait s'il fallait reproduire ce qu'il avait connu avant — un revenu qui tombe chaque mois, prévisible.
Ma réponse, et ce n'est que la mienne : fixez d'abord un salaire qui couvre le seuil de validation des trimestres et le maintien d'une couverture santé correcte, quitte à ce que ce soit modeste. Ensuite, si l'exercice a été bon une fois l'impôt sur les sociétés payé, versez le surplus en dividendes une fois par an plutôt que de le laisser dormir sur le compte de la société.
Ce n'est pas un dosage qui se fixe une fois pour toutes — il se réajuste chaque année selon le chiffre d'affaires, la trésorerie que vous voulez garder de côté, et ce que vous visez à moyen terme pour la suite.
Le simulateur ne remplace pas un professionnel
J'utilise un tableur pour comparer les scénarios, pas parce que c'est fiable à l'euro près, mais parce que ça m'aide à visualiser l'ordre de grandeur avant d'aller voir quelqu'un de compétent.
Un après-midi, pluie normande contre le double vitrage du bureau, pile de statuts et de récépissés à gauche du clavier, café qui refroidissait sans que j'y touche, j'ai fini par accepter qu'aucun simulateur en ligne ne remplace un vrai rendez-vous avec un professionnel, surtout pour un premier arbitrage après l'ARE.
Non plus comptable, ni conseiller fiscal, je ne fais que décrire ici le raisonnement d'un développeur qui a dû trancher pour sa propre structure — pas une méthode à appliquer telle quelle.
Ça vaut aussi pour les frais du départ : entre l'immatriculation et les quelques frais annexes qui suivent, la note dépasse souvent ce à quoi on s'attend, et ce n'est pas le moment d'improviser sur sa propre rémunération avec le peu qu'il reste en trésorerie. La gestion d'une SASU tient autant de l'arbitrage financier que du calcul comptable — mieux vaut accepter que la protection sociale a un coût, poser ses chiffres avec quelqu'un de qualifié, et rire un peu du fait qu'en France, choisir comment on se paie soi-même demande presque autant de paperasse que de fonder l'entreprise elle-même.
Ce site est publié à des fins d'information et de divertissement uniquement. Je ne suis ni médecin, ni conseiller financier, ni avocat. Demandez l'avis d'un professionnel avant de prendre toute décision relative à votre santé ou à vos finances.